2 mars 2011 - de Sonia Gouirand

Le point de départ de mon travail a été un documentaire diffusé sur Arte intitulé « le monde merveilleux d’Albert Kahn». Cet excellent reportage retraçait un pan de l’histoire photographique méconnu, à savoir les archives de la planète que constitua ce banquier mécène français au début de XXème afin de laisser une trace sur la beauté et la diversité du monde. Cet utopiste souhaitait aider ainsi à la compréhension et donc la fraternité entre les cultures. (tentative hélas vaine puisque la Grande Guerre devait survenir en 1914). Sa démarche fut rendue possible par l’incroyable invention des frères Auguste et Louis Lumière au début du siècle, à savoir la photographie couleur baptisée autochrome et brevetée en 1903.
Pour plus d’informations sur ce procédé et des exemples de photos, le site :
http://www.autochromes.culture.fr/
En voyant ces clichés d’une autre époque, j’ai été frappée par la douceur des couleurs (notamment au niveau des rouges et des bleus) et le lien étroit entre ces clichés et des peintures impressionnistes, en particulier lorsque le grain permet un rendu subtil de la matière. Dès lors, j’ai souhaité recréer cet effet et il m’a fallu pour cela mener une double recherche : tout d’abord sur la manière technique d’obtenir un tel rendu, puis sur la nature de l’émotion esthétique que j’avais ressentie.
Grâce au travail de l’atelier et au groupe, j’ai pu ainsi comprendre que c’était l’aspect « éternel » des choses qui m’avait ainsi séduite dans ces œuvres. Rien de morbide dans cette fascination, au contraire un extraordinaire plaisir de constater la permanence et l’intemporalité de la vie, sa grâce aussi. De plus certains thèmes comme la transmission et le devoir de mémoire me sont chers sur un plan personnel. Dès lors, comment rendre cette émotion dans mon projet photographique ?
Une fois la difficulté technique (partiellement) enlevée grâce à un programme qui permet de convertir les images avec un rendu autochrome, je me suis demandée quel thème donner à mes photos. Les portraits me semblent difficiles à réaliser car les vêtements et coiffures trop ancrés dans une époque. Réaliser des natures mortes (!) ou certains paysages pourrait davantage correspondre à cette notion d’intemporalité et c’est pourquoi j’ai tout d’abord choisi les fleurs. En affinant ma réflexion, je me suis en effet aperçue qu’aimant beaucoup l’Art déco, c’est également cette notion de volutes que je souhaitais recapturer.
Le tirage qu’a réalisé Jean-Michel lors de l’atelier m’a confortée dans ce rendu de grâce diffuse. La difficulté va maintenant consister à poursuivre cette relecture contemporaine des autochromes et trouver le(s) sujet(s) adéquat(s)…