13 mars 2011 - de Laurence Métayer

Publié le par Solen Le Roux

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La rencontre photographique de ce début d’année a permis à mon regard de s’appesantir là où il passait auparavant un peu vite
Qu’est ce qui peut arrêter le regard d’un photographe? : l’INCONGRU
La définition du Petit Robert me semble très partielle : ‘qui n’est pas convenable, contraire aux usages, à la bienséance’
C’est en fait ce qui n’est convenable ni aux personnes, ni aux circonstances, c’est la rencontre inopinée d’un mélange de niveaux provoquant la perte des repères, c’est ce qui est déplacé.
En littérature, c’est ce qui se passe quand le thème (ce dont on parle) est en décalage avec le propos (ce qu’on dit du thème) ; Thème et propos s’entendent au sens large, ainsi cette caractéristique peut également s’appliquer au langage pictural (deux plans de la réalité étrangers l’un à l’autre se télescopent fortuitement, pour un instantané fugitif)
La photo incongrue est celle où vous avez détecté, là où d’autres ne voient rien, l’insolite miraculeux qu’offre la hasard, le décalage saugrenu
C’est ce qui parfois peut provoquer le rire.
C’est ce qui pulvérise le code par un excès, un supplément, un déport
C’est le déséquilibre salutaire
Cette recherche d’incongru est de l’ordre de l’inconscient, c’est l’irruption inattendue d’un signifiant que l’on considère habituellement comme insignifiant
On dit que le studium, investissement sociologique de la photo, chasse l’incongru (studium : éléments de savoir que l’on reconnaît dès lors qu’est partagée la même culture que le photographe ; il travaille sur un sens du ‘déjà là’, ‘déjà dit’, ‘déjà représenté’, toujours codé, attendu)
On y oppose en photographie le punctum, excès de sens, détail qui mobilise l’affect, choque, surprend, c’est ce qui ne peut d’emblée se classer dans une catégorie conceptuelle préalable.
Je me suis penchée sur ce thème de l’incongru depuis quelques semaines, ne trouvant que peu de références en photographie, et quelques rares références autour d’autres expressions artistiques : littérature, art, gastronomie, dessin humoristique, filmographie, théâtre. Je vous en ferais part lors de l'atelier du 19 mars, et peut-être également sur ce blog prochainement
Un photographe poète et humoriste avait le talent de piéger des situations insolites de notre vie quotidienne : René Maltête (1930-2000). Il a largement inspiré ma recherche photographique.
Pour l’atelier photographique, je suis partie de la photo d’une femme lisant tranquillement allongée sur un tapis de feuilles, au bord de la rivière, à l’ombre des arbres, par un bel après midi ensoleillé d’automne; Afin d’alimenter la série, d’autres photos ont suivi, ayant pour composition un homme/une femme en personnage central, ou encore un objet, avec un fond à peu près homogène, en format paysage, et autant que possible monochrome.
L’incongru vous surprenant au détour d’un chemin, et ne s’inventant pas !, je ne sais pas encore si la série pourra s’enrichir ….
02 bleu zen
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Sonia Gouirand 16/03/2011 20:00



Ce sont en tout cas de belles rencontres et de belles aventures que ce thème te permet de réaliser. Etre en phase avec la situation et avec les autres, savoir trouver l'humour et parfois
l'absurdité de certains moments, voilà qui est plaisant !


Tes portraits sont certainement à poursuivre, j'apprécie le regard bienveillant que tu portes sur ces personnes piégées das leur intimité. La qualité picturale également, notamment l'aspect
féérique de ce repas pris au bord d'un étang avec la fumée.


Continue à vivre ces belles aventures humainement photographiques...